La forte croissance de la population de Paris entre 1450 et 1600 (voir Paris 1450-1600, vue d’ensemble) entraîne le développement des faubourgs au débouché des portes de la ville. Ce développement suit les lignes de croissance repérées dès le XIe siècle, mais les déborde largement sur la rive gauche, où cette expansion est la plus spectaculaire.

Le bourg Saint-Germain-des-Prés

Prenant appui sur un premier noyau d’habitat attesté au XIIe siècle mais qui date sans doute d’une époque beaucoup plus ancienne (voir Saint-Germain-des-Prés 1000-1300), le développement du bourg de Saint-Germain-des-Prés s’accélère au XVIe siècle.

Plan de Belleforest (1575) : détail montrant le bourg Saint-Germain-des-Prés.

Ce développement s’engage dès 1529, à l’ouest du carrefour de la Croix-Rouge [place Michel-Debré], qui était la limite de l’espace urbanisé sur l’axe de la rue de Sèvres. Sont alors baillés à bâtir des terrains situés des deux côtés de la rue de Grenelle, depuis ce carrefour jusqu’à la rue de la Chaise, ainsi qu’une partie des terrains de l’îlot compris entre les actuelles rues du Cherche-Midi et de Sèvres, depuis ce carrefour jusqu’à la rue du Bac. Les terrains de l’îlot compris entre les actuelles rues du Dragon et des Saints-Pères le seront un peu plus tard, en 1535.

Au sud de la rue de Sèvres, sont également baillés à bâtir en 1529 la plupart des terrains situés du côté nord de la rue de Vaugirard, entre l’enceinte de Philippe-Auguste et la rue Cassette. Entre les rues de Tournon et Garancière, l’ancien marché aux chevaux est acquis par des spéculateurs en 1538 [1]. Dans cette région, le réseau initial des voies – vers 1500, le chemin allant à la porte Saint-Michel [rue Monsieur-le-Prince], la rue Neuve Saint-Lambert [rue de Condé], la ruelle Saint-Sulpice [rue Servandoni] – s’enrichit alors de rues nouvelles : les rues du Petit-Lion [rue Saint-Sulpice], de Tournon, Garancière, Ferrou. « Ce nouveau quartier accueille, au nord, une population d’artisans et de commerçants assez modeste dans les parages de la foire [marché Saint-Germain] et prend par contre, dès l’origine, dans sa partie sud, un caractère nettement résidentiel le long des […] rues de Tournon, de Condé et Garancière, qui se bâtissent dans les années 1520-1540 » [2].

Au nord de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés, l’expansion est plus modeste. Sont baillés à bâtir, en 1529 des terrains situées sur le côté occidental de la rue des Saints-Pères ; puis, en 1530 et dans les années suivantes les terrains de l’îlot compris entre les rues de Seine et Mazarine ; en 1538 l’ancien séjour de Nesle sur le quai entre les rues de Seine et Bonaparte ; enfin entre 1538 et 1545 les terrains compris entre la Seine et la rue Jacob jusqu’au droit de la rue Saint-Benoît [3].

Avec les guerres de religion (1562-1598), ce mouvement d’urbanisation se ralentit. Il ne reprendra qu’au début du siècle suivant, avec la naissance du faubourg Saint-Germain (voir Le lotissement de la reine Margot).

Le faubourg Saint-Jacques

Le développement du faubourg Saint-Jacques s’est amorcé très tôt sous la forme d’une rue-faubourg le long de la rue Saint-Jacques, au débouché de la porte du même nom [à hauteur du 151 bis de la rue Saint-Jacques] [4] et, en parallèle, le long de la rue d’Enfer [sur le tracé actuel du boulevard Saint-Michel puis de la rue Henri-Barbusse], au débouché de la porte Saint-Michel [à hauteur du 53 du boulevard Saint-Michel] [5].

Plan de Belleforest (1575) : détail montrant le faubourg Saint-Jacques.

Ce faubourg, qui s’étendait vers 1450 jusqu’à la commanderie Saint-Jacques-du-Haut-Pas [à l’emplacement de l’actuelle église éponyme], atteint en 1600 les abords de l’actuel Observatoire. L’espace compris entre les rues Saint-Jacques et d’Enfer n’est pas entièrement bâti : il inclut les vastes jardins de l’abbaye de Saint-Magloire [à hauteur du 254 rue Saint-Jacques], du couvent des Carmélites de l’Incarnation [à hauteur du 284 rue Saint-Jacques], et de l’Hôtel de Clagny [121-125 boulevard du Port-Royal] – qui, construit entre 1566 et 1569, sera remanié vers 1626 pour accueillir le couvent de Port-Royal [6]. A proximité immédiate du rempart toutefois, les terres de cultures et de vignes des Jacobins sont loties en 1550. Sont alors créées les actuelles rues Le Goff, Malebranche et Royer-Collard [7].

Le faubourg Saint-Marcel

Au débouché de la porte Saint-Marcel [à hauteur des n° 47-49 de la rue Descartes] [8], une rue-faubourg – la rue Mouffetard – s’est très tôt urbanisée (voir Saint-Marcel 1000-1300), sur l’axe qui rejoint cette porte à la Bièvre et au bourg Saint-Marcel. Entre 1450 et 1600, le faubourg se développe de part et d’autre de cet axe.

Plan de Belleforest (1575) : détail montrant le faubourg Saint-Marcel.

A l’ouest, des constructions apparaissent le long de la rue des Postes [rue Lhomond] et de la rue de Lourcine [rues Edouard-Quenu et Broca], au-delà des propriétés qui s’y étaient établies dès les XIVe et XVe siècles du côté de la Bièvre (l’Hôtel-Dieu du Patriarche [3 rue Edouard-Quenu], l’Hôtel du Patriarche [11-17 rue Broca], l’Hôtel de Boucicaut [17-23 rue Broca]) [9]. A l’est, « dès 1529 se forme un quartier nouveau, la  » villeneuve Saint-René » […] dans l’ancien « clos d’Albiac » : entre les rues Gracieuse, Lacépède, Geoffroy-Saint-Hilaire et Daubenton. On y trace une cinquantaine de lots, petits et grands, aux carrefours des rues. Les acquéreurs, qui sont surtout des petites gens du voisinage, ont eu l’obligation d’y construire dans les trois ans. On voit aussi se lotir des terrains voisins, en 1540. [10]» Les rues Saint-Médard, Larrey, Quatrefages sont ouvertes à cette époque. En 1545, l’espace urbanisé s’étend au sud, avec le lotissement du « séjour d’Orléans », dans un périmètre limité par les actuelles rues Daubenton, Geoffroy-Saint-Hilaire, du Fer-à-Moulin et Mouffetard. Sont alors tracées les rues Censier et de la Clef. Le développement de ce secteur se fera lentement toutefois, « grevé par son relatif isolement et frappé par les troubles politiques et militaires de la fin du siècle » [11].

Les faubourgs de la rive droite

Le développement des faubourgs de la rive droite entre 1450 et 1600 est moins spectaculaire que celui de la rive gauche. A cela, une raison simple : rive gauche, la ville déborde de la vieille enceinte de Philippe-Auguste ; rive droite, elle est encore au large dans l’enceinte de Charles V.  De ce fait, l’urbanisation y prend la forme de courtes rues-faubourgs au débouché des portes Saint-Antoine, du Temple, Saint-Martin, Saint-Denis ou Montmartre. Ces faubourgs sont alors très loin de rejoindre les hameaux de Bercy, Picpus, Charonne, Ménilmontant, Belleville, La Villette ou Montmartre.

Le faubourg Saint-Honoré constitue un cas particulier [12]. On trouve ici une rue-faubourg, au débouché de la porte éponyme [à hauteur du 161 rue Saint-Honoré [13]], sur le chemin du Roule, mais surtout le palais et le jardin des Tuileries, qui annoncent la croissance future du faubourg.

Plan de Belleforest (1575) : détail montrant le faubourg Saint-Honoré

A l’origine de cette croissance, il faut d’abord citer la lettre du 15 mars 1528 de François Ier aux Prévôt des Marchands et Echevins de la Ville de Paris : « nostre intention est de doresnavant faire la pluspart de nostre demeure et séjour en nostre bonne ville et cité de Paris et alentour plus qu’en autres lieux du Royaulme, cognoissant nostre  chastel du Louvre estre le lieu le plus commode et à propos pour nous loger. A ceste cause, avons délibéré faire reparer et mettre en ordre ledict chastel […] [14]». Le donjon est alors rasé, l’entrée du Louvre est aménagée du côté est, vers la ville, des quais sont construits. Des maisons se bâtissent autour de Saint-Germain-l’Auxerrois, des hôtels particuliers rue Saint-Honoré.

Cette croissance déborde des remparts. Dès 1519, François Ier a acheté pour sa mère, Louise de Savoie, l’hôtel de Neuville, situé près du Louvre, à l’extérieur de l’enceinte de Charles V. Et c’est dans cette région qu’est construit le palais des Tuileries, voulu par Catherine de Médicis, qui ne supporte plus l’idée de résider aux Tournelles après la mort d’Henri II en 1559. Les travaux, conduits par l’architecte Philibert de l’Orme puis par Jean Bullant, débutent en 1564. Ils seront suspendus en 1570, et achevés au siècle suivant.

 L’enceinte de Charles IX

Tout au long du XVIe siècle, Paris est sous la menace d’une invasion. Les expéditions de Charles VIII (1483-1498) et de Louis XII (1498-1515) en Italie se heurtent à une vaste coalition : en 1512, la France est envahie au nord par les Anglais, à l’est par les Suisses, au sud par les Espagnols. En 1519, c’est l’élection impériale de Charles Quint qui fait surgir de nouvelles alarmes. En 1536, l’armée du comte de Nassau atteint Saint-Quentin et Péronne. En 1544, Charles-Quint est à Château-Thierry. En 1557, les Espagnols s’emparent de Saint-Quentin.

Ces dangers font périodiquement ressurgir la nécessité de renforcer la protection de la ville [15]. L’aménagement de l’enceinte de Charles V est ainsi décidé. Il s’agira d’aplanir les voiries – ces buttes d’immondices accumulées au pied des murailles – et surtout d’adapter les défenses à l’évolution de l’artillerie en aménageant des bastions anguleux en terre, assez bas pour offrir une moindre prise aux tirs, et reliés entre eux par des courtines. Une première phase est engagée en 1553 à l’est entre la Seine et la Bastille. En 1566, une deuxième phase s’ouvre à l’ouest où l’enceinte bastionnée déborde le tracé hérité de Charles V à partir de la porte Saint-Denis pour protéger le palais et le jardin des Tuileries. Cette enceinte, partie de la Seine, à l’extrémité du jardin, et qui devait rejoindre la porte Saint-Denis après avoir enserré la voirie de la « Villeneuve » dont parle Gilles Corrozet, ne sera achevée que sous Louis XIII, dans les années 1630. Vers 1585, seuls le bastion 1 (dans l’axe du jardin des Tuileries) et la première face du bastion 2 (à hauteur de la rue Saint-Honoré) semblent terminés.

CARTES

Michel Huard, Atlas historique de Paris :

Cartes du XVIe siècle :

BIBLIOGRAPHIE

BERTY Adolphe, TISSERAND Lazare-Maurice, Topographie historique du vieux Paris, Paris, Imprimerie nationale, 1866-1897, 6 vol.

BRESC-BAUTIER Geneviève, CAGET Denis, JACQUIN Emmanuel, Jardins du Carrousel et des Tuileries, Editions de la Réunion des Musées Nationaux, 1996, 163 p.

CHADYCH Danielle, LEBORGNE Dominique, Atlas de Paris. Evolution d’un paysage urbain, Paris, Editions Parigramme / Compagnie parisienne du livre, 1999, 199 p.

GAGNEUX Renaud, PROUVOST Denis, Sur les traces des enceintes de Paris, Paris, Editions Parigramme / Compagnie parisienne du livre, 2004, 241 p.

HILLAIRET Jacques, Dictionnaire historique des rues de Paris, Paris, Editions de Minuit, 1963, 3 vol.

ROULEAU Bernard, Paris. Histoire d’un espace, Paris, Editions du Seuil, 1997, 492 p.

NOTES

[1] BERTY 1866-1897, III p. 10

[2] ROULEAU 1997, p. 171

[3] BERTY 1866-1897, III p. 10

[4] GAGNEUX 2004, p. 55

[5] GAGNEUX 2004, p. 56

[6] HILLAIRET 1963, II, p. 295

[7] ROULEAU 1987, p. 172

[8] GAGNEUX 2004, p. 53

[9] HILLAIRET 1963,  I p. 243-244

[10] ROULEAU 1997, p. 172

[11] ROULEAU 1997, p. 173

[12] Pour cette partie, la source principale est CHADYCH 1999, p. 50-51 et BRESC-BAUTIER 1996, p. 17

[13] GAGNEUX 2004, p. 79

[14] Registres des délibérations du bureau de la ville de Paris, tome 2, 1529-1539, texte édité par Alexandre TUETEY, Paris, Imprimerie Nationale, 1886, p. 17

[15] Pour cette partie, la source principale est GAGNEUX 2004, p. 84-90

ILLUSTRATIONS

(1) à (4) Plan de Belleforest (détails).

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