En 1801, Paris compte 546 856 habitants, dans les limites du mur des Fermiers Généraux (voir Le mur des Fermiers Généraux en 1790) ; en 1831, 785 866 ; en 1851, 1 053 261. Sur ce demi-siècle, la population double quasiment.

Dans la « petite banlieue » – qui occupe l’espace inscrit entre le mur des Fermiers Généraux et l’enceinte de Thiers [les boulevards des Maréchaux] – la population triple quasiment en vingt ans : 75 574 habitants en 1831, 223 802 habitants en 1851.

Carte des fortifications et environs de Paris, gravée par Ch. Avril (1842) : détail montrant Paris (en rouge délavé) et la « petite banlieue »(en jaune).

Dans ses limites d’aujourd’hui, la ville atteint ainsi, au début du Second Empire, 1 277 063 habitants [1].

Cette pression démographique accélère le processus d’urbanisation, qui sera décrit au travers de trois articles, le présent article consacré aux années 1790-1815, le deuxième à la croissance de la ville dans les limites du mur des Fermiers Généraux entre 1815 et 1850 (2/3), le troisième au développement de la « petite banlieue » dans ces mêmes années (3/3).

1790

En 1790, l’espace urbanisé ne remplit pas celui que délimite le mur des Fermiers Généraux. Est densément bâti tout l’espace limité, sur la rive droite, par les Grands Boulevards et, sur la rive gauche, par les Boulevards du Midi [boulevards de l’Hôpital, Auguste-Blanqui, Saint-Jacques, Raspail, du Montparnasse, des Invalides]. Mais, au-delà, la plupart des faubourgs restent très peu denses. A l’est en particulier, depuis la rue du Faubourg-Saint-Martin jusqu’à la Seine, subsistent de vastes zones maraîchères.

Passé le mur des Fermiers Généraux, dans ce qui deviendra la « petite banlieue » enserrée dans l’enceinte de Thiers, c’est la campagne.

Les environs de Paris sur la carte de Cassini (1756).

Elle est ponctuée de villages. Quelques-uns s’ordonnent autour d’une église, comme La Chapelle (1 609 habitants en 1793 [2]), le Grand-Charonne (663 habitants), Auteuil (1 205 habitants), Montmartre (1 146 habitants). La plupart ont la forme de villages-rues, tels La Villette (quelque 1 880 habitants), Belleville (2 864 habitants), Ménilmontant, le Petit Charonne, Bercy (1 656 habitants), le Petit Gentilly, Vaugirard (2 762 habitants), Passy (3 105 habitants), Monceaux, Clignancourt [3].

Beaucoup de Parisiens fortunés, nobles ou bourgeois, y ont leur maison de campagne. Quelques grandes propriétés se sont aussi constituées, pour la plupart sous le règne de Louis XIV (1643-1715), tels le domaine de la Muette [entre la rue Maspéro et la place de Colombie [4]], celui des Orléans à Bagnolet [dont il reste le Pavillon de l’Ermitage, 148 rue de Bagnolet], celui des Lepeletier de Saint-Fargeau sur le plateau de Belleville [délimité au sud par la rue du Surmelin, à l’ouest par la rue Pelleport, au nord par les rues de Belleville et de Romainville, à l’est par une ligne tracée approximativement par les rues des Glaïeuls et des Fougères [5]], ou le domaine du château de Bercy [délimité par la Seine, le boulevard Poniatowski, les rues Marius-Delcher et de la Liberté à Charenton-le-Pont] [6].

Plusieurs de ces villages vivent du passage, tels Vaugirard, La Chapelle ou La Villette, où prospèrent rouliers, loueurs de voiture, maréchaux-ferrants, auberges et guinguettes [7].

Mais c’est de l’exploitation du sol et du sous-sol que provient surtout la richesse : grandes cultures céréalières du nord de la ville, depuis La Villette jusqu’à Clichy, mais aussi à Auteuil, Grenelle, Montrouge, et dans la plaine d’Ivry ; élevage à Bercy, Gentilly, Montrouge, Auteuil ; immense vignoble qui se déploie à l’est de Paris mais aussi à Passy, Auteuil, Vaugirard, Ivry et Montmartre ; maraîchage ; carrières enfin où s’extraient les matériaux de construction [8].

1790-1815

Entre 1790 et 1815, les villages de la « petite banlieue » vont commencer à se développer en direction de la ville. Ainsi Vaugirard s’étend jusqu’aux barrières de Sèvres [au carrefour des rues de Sèvres et Lecourbe et des boulevards Pasteur et Garibaldi [9]] et de Vaugirard [au carrefour du boulevard Pasteur et de la rue de Vaugirard], les hameaux du Petit-Montrouge [au carrefour de l’avenue du Général-Leclerc et de l’avenue du Maine] et du Petit-Gentilly [entre la Bièvre et l’hôpital Sainte-Anne] se développent, non vers Montrouge et Gentilly, mais vers les barrières d’Enfer [place Denfert-Rochereau], de la Santé [au carrefour du boulevard Saint-Jacques et de la rue de la Santé], et de l’Ourcine [au carrefour du boulevard Saint-Jacques et de la rue de la Glacière], Belleville descend vers le boulevard (la Courtille), tout comme Ménilmontant (Fontarabie), Charonne (le Petit-Charonne) et Bercy (le long de la rue de Charenton).

Barrière d’Italie, estampe de Palaiseau (1819)

En regard, des quartiers se constituent aux barrières, qui se développent vers la campagne : ainsi, aux barrières du Maine [au carrefour de l’avenue du Maine et du boulevard de Vaugirard] et de Montparnasse [au carrefour du boulevard Edgar-Quinet et de la rue de la Gaîté], notamment le long de la rue de la Gaîté ; à la barrière d’Italie [place d’Italie], le long des routes de Fontainebleau [avenue d’Italie] et de Choisy-le-Roi [avenue de Choisy] ; à la barrière d’Ivry [boulevard Vincent-Auriol, à hauteur de la place Pinel, sur le tracé du mur des Fermiers Généraux de 1819],  le long du chemin qui deviendra la rue Nationale [10].

A cette croissance radiale, s’associe un développement concentrique, le long des boulevards. « Dès les premières années du XIXe siècle, les barrières et leurs abords vont commencer par apparaître, tout autour de la ville, comme un chapelet de carrefours de passage et de circulation, plus ou moins bien fréquentés mais toujours générateurs d’activités nouvelles, lieux de détente et de distractions, tavernes et cabarets, voire hôtels borgnes, mais aussi une grande variété d’activités et de métiers liés au passage et au roulage : relais de poste, carrossiers, forgerons et maréchaux-ferrants. [11]»

1815-1850

Avec la Restauration, s’ouvre une époque d’intense activité de la construction. « D’après le rapport souvent cité de Daubenton, inspecteur général de la voirie de Paris, on aurait construit de 1817 à 1827, 2 671 maisons neuves, représentant un investissement de plus de 400 millions de francs. Paris n’avait pas pour autant acquis le même nombre de demeures. Entre-temps, en effet, on avait démoli 404 maisons pour cause de vétusté et 283 pour utilité publique ; ce qui laisse un accroissement de 1 984 maisons en dix ans. En tentant compte des constructions des années suivantes, on arriverait à un chiffre se situant en 2 200 et 2 300. A titre de comparaison, les treize années de 1804 à 1817 n’avaient produit que 1 715 maisons neuves. [12]»

Une partie de ces constructions est liée à l’urbanisation de quartiers nouveaux.

Les uns intra-muros, entre les Boulevards et le mur des Fermiers Généraux. Tels sont, d’ouest en est, le quartier Beaujon, le quartier François Ier,  le quartier de l’Europe, la Nouvelle Athènes, le quartier Saint-Georges, le nouveau quartier Poissonnière (voir La croissance de Paris 1790-1850 2/3).

Les autres extra-muros, sur les terrains encore vides de la « petite banlieue » où « les activités immobilières se caractérisent, par rapport à celles du centre, non seulement par la prédominance de constructions neuves sur des terrains vagues, mais aussi par la dimension des opérations effectuées dans le cadre de lotissements de grands espaces non bâtis [13]». Ces lotissements se déploient, rive droite, dans la plaine de Passy, le quartier des Batignolles ; rive gauche, dans la plaine de Grenelle, le quartier de Plaisance, le nouveau village d’Orléans (voir La croissance de Paris 1790-1850 3/3).

CARTES

Michel Huard, Atlas historique de Paris :

BIBLIOGRAPHIE

CHEVALIER Louis, La formation de la population parisienne au XIXe siècle, Paris, Presses Universitaires de France, 1950, 312 p.

DE BERTIER DE SAUVIGNY Guillaume, Nouvelle Histoire de Paris : La Restauration, Paris, Association pour une histoire de la ville de Paris, Hachette, 1977, 525 p.

GAGNEUX Renaud, PROUVOST Denis, Sur les traces des enceintes de Paris, Paris, Editions Parigramme / Compagnie parisienne du livre, 2004, 241 p.

HILLAIRET Jacques, Dictionnaire historique des rues de Paris, Paris, Editions de Minuit, 1963, 3 vol.

ROULEAU Bernard, Le tracé des rues de Paris, Paris, Centre National de la Recherche Scientifique, 1975, 129 p. [1ère édition 1967]

ROULEAU Bernard, Villages et faubourgs de l’ancien Paris. Histoire d’un espace urbain, Paris, Editions du Seuil, 1985, 379 p.

ROULEAU Bernard, Paris. Histoire d’un espace, Paris, Editions du Seuil, 1997, 492 p.

SUZUKI Takashi, Construction de quartiers nouveaux à Paris dans la première moitié du XIXe siècle. Lotissement du quartier Saint-Georges, Thèse de 3ème cycle sous la direction de Louis Bergeron, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, 1980, 2 vol.

TULARD Jean, Nouvelle Histoire de Paris : la Révolution, Paris, Association pour la publication d’une Histoire de la ville de Paris, Hachette, 1989, 585 p.

NOTES

[1] CHEVALIER 1950, tableau p. 284

[2] Les données sur les nombres d’habitants sont reprises du recensement de 1793 (sources : notices communales du site de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales,  Des villages de Cassini aux communes d’aujourd’hui, consulté le 28/06/2018). On sait que les résultats du recensement de 1793 sont peu fiables (TULARD 1989, p. 291) et probablement surévalués, mais ils demeurent utiles pour fixer des ordres de grandeur.

[3] ROULEAU 1975, p. 84

[4] HILLAIRET 1963, I p. 84 (rue André-Pascal)

[5] HILLAIRET 1963, II p. 251 (rue Pelleport)

[6] ROULEAU 1985, p. 70-71

[7] ROULEAU 1985, p. 74

[8] ROULEAU 1985, p. 95

[9] Pour l’emplacement des barrières, la source est GAGNEUX 2004, p. 138-185 (cartes)

[10] ROULEAU 1985, p. 111

[11] ROULEAU 1997, p. 314

[12] DE BERTIER DE SAUVIGNY, p. 72

[13] SUZUKI 1980, I p. 52

ILLUSTRATIONS

(1) Carte gravée par Ch. Avril (détail) – Gallica BNF

(2) Carte de Cassini (détail) – Gallica BNF

(3) Estampe de Palaiseau – Gallica BNF

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2 réflexions sur “La croissance de Paris 1790-1850 (1/3)

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