Pour rédiger les articles du présent site sur l’histoire de l’urbanisation de Paris, on a eu recours à des sources secondaires, retracées dans les bibliographies. Ces ouvrages s’appuient eux-mêmes sur des sources primaires. Les connaissances qu’elles nous donnent de l’espace urbanisé sont assurées, pour les périodes postérieures à la Révolution, par les progrès de la cartographie aux XVIIe et XVIIIe siècles et  l’abondance croissante des documents liés aux opérations d’urbanisme.

Qu’en est-il des périodes antérieures ? Sur quoi se fonde notre savoir sur l’espace urbanisé à l’époque gallo-romaine ou au XIIIe siècle ?

Si on remonte au plus loin dans le temps, les sources sont presque exclusivement archéologiques : la découverte de substructures de bâtiments, de traces d’empierrement, de fragments de céramiques ou d’objets en bronze ou en verre, etc… est à l’origine des connaissances disponibles sur les sites du Paris antique et du Haut Moyen Age. Grâce aux fouilles conduites par Théodore Vacquer de 1842 à 1895 et à ses successeurs [1], nous parvenons à nous représenter ces temps lointains même si les données archéologiques sont  « par définition, discontinues et nécessitent le plus souvent un travail de restitution et donc des hypothèses et des interprétations délicates et contradictoires [2]».

A partir du VIe siècle, l’histoire de l’urbanisation de Paris peut commencer à s’appuyer sur des documents écrits : récits et chroniques, tels ceux du moine Abbon ou de Grégoire de Tours ; et surtout, chartes et diplômes conservés dans les archives (Archives Nationales, Bibliothèque Nationale…), auxquels l’Histoire Générale de Paris a consacré un volume couvrant les années 528 à 1180 [3]. Les chartes – telles les donations ou constitutions de prébendes, les confirmations de biens ou privilèges octroyés aux grands établissements religieux par les rois, les évêques ou les papes – révèlent l’existence de bourgs, de propriétés, de communautés, donnent quelques repères sur le réseau viaire, même si les rues ne sont désignées que par des expressions vagues ou des périphrases jusqu’au XIIe siècle.

Pour l’époque médiévale, et ensuite jusqu’à la Révolution, les registres domaniaux constituent une source majeure pour la recherche [4]. « Comme l’ensemble du pays, l’espace urbain est divisé en seigneuries foncières (ou censives ou temporel) qui ne disparaissent qu’en 1789. Selon l’historien Sauval, auteur d’un ouvrage intitulé Histoire et recherches des antiquités de la Ville de Paris (1724), on dénombre à Paris 154 censives. Mis à part le roi et la Ville, les principaux seigneurs fonciers sont les établissements religieux qui, bénéficiaires de donations depuis le haut Moyen Âge, jouissent de domaines occupant les deux tiers de la ville à la fin de l’Ancien Régime. On compte enfin quelques seigneurs laïques qui s’intercalent dans la carte des grandes censives parisiennes. Dès le haut Moyen Âge, ces seigneurs fonciers, qu’ils soient laïques ou ecclésiastiques, concèdent peu à peu des pièces de terre (ou tenures) à des particuliers (dits censitaires ou tenanciers) moyennant une redevance fixe et annuelle, le cens, appelé aussi fonds de terre, menu cens ou chef cens. Annuel et perpétuel, le cens frappe le fonds de terre, non la maison. […] La perception du cens donne lieu à la rédaction de censiers, de cueilloirs ou cueillerets, de déclarations […] indiquant l’ensemble des parcelles sur lesquels est perçue cette redevance, rue par rue, maison par maison, avec le nom des propriétaires. Aussi ces documents permettent-ils, pour une rue donnée et à la date de leur élaboration, d’établir le nombre de parcelles, de connaître leurs propriétaires respectifs et leur localisation. » Au XVIIIe siècle, ces registres s’accompagnent souvent d’atlas de censive ou de plans parcellaires appelés plans-terriers, qui indiquent le parcellaire en distinguant le bâti du non-bâti. « Parmi ce type de document, le Terrier du roi pour la ville et les faubourgs de Paris […], réalisé en exécution de l’arrêt du conseil du 14 décembre 1700, peut être considéré comme un prototype lacunaire du cadastre moderne. »

Deux autres sources majeures sont encore disponibles pour les recherches.

A partir principalement  du XVIe siècle [5], les documents contenus dans les archives notariales qui, au travers des ventes, donations, baux, constitutions de rentes, obligations, quittances, marchés, etc., fournissent des informations sur les propriétés bâties.

A partir principalement du XVIIe siècle, les documents produits par les règlements d’urbanisme : autorisations de voirie, décisions d’alignement, permis de construire, etc… Ces règlements naissent avec l’ordonnance du 22 septembre 1600 – prise après qu’Henri IV a créé la charge de Grand Voyer de France – qui oblige à prendre l’alignement avant de construire ou de réparer et soumet à autorisation l’ouverture de toute voie nouvelle dans Paris ; et avec l’édit du 16 décembre 1607, qui fixe les fonctions et les droits du Grand Voyer [6].

Tous les éléments issus de ces sources écrites nécessitent, pour mesurer l’espace urbanisé, d’être reportés sur des cartes. Il est alors possible de les confronter aux plans d’ensemble de la ville, datés pour les premiers du XVIe siècle (voir Paris 1450-1600, vue d’ensemble). « Jusque vers 1650, les principaux levés, effectués par le peintre François Quesnel (1609), les ingénieurs Benedit Vassalieu dit Nicolay (1609) et Jacques Gomboust, assisté du mathématicien Pierre Petit (1652) reposent tous sur l’usage de la géométrie et de la trigonométrie, de la boussole et du compas de proportion […] Il faut toutefois attendre les travaux des années 1670, par exemple par Albert Jouvin de Rochefort d’abord (vers 1672), par Pierre Bullet ensuite, pour que soit effectué une véritable triangulation de l’espace parisien […] Dès la fin du XVIIe siècle, Paris a ainsi été doté d’une cartographie fiable et précise. Alors que, jusque vers 1650, l’indice de déformation planimétrique (évalué en termes d’écart par rapport à la cartographie actuelle) variait entre 20 et 40 %, il tombe à 2 % avec le plan de Jouvin de Rochefort […] sans connaître par la suite de progrès notables [7] ». Mais c’est seulement à la toute fin du XVIIIe siècle, avec le plan de Verniquet daté de 1793-1799, qu’on dispose du premier plan exact « qui a servi de fonds topographique à la plupart des plans du XIXe siècle, et reste superposable aux plans actuels [8]. »

NOTES

[1] BUSSON Didier, Carte archéologique de la Gaule : Paris, Paris, Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1998, p. 43-47

[2] LAFON Xavier, MARC Jean-Yves, SARTRE Maurice, « La ville antique » in PINOL Jean-Luc, Histoire de l’Europe urbaine, Paris, Editions du Seuil, 2003, I p. 29

[3] Histoire générale de Paris. Cartulaire général de Paris ou Recueil de documents relatifs à la topographie de Paris, 528-1180, formé et publié par Robert de LASTEYRIE, Paris, Imprimerie Nationale, 1887, 564 p.

[4] Pour ce paragraphe, la source (dont sont tirées les citations) est : Archives nationales, Centre de topographie parisienne, Orientations pour la recherche (consulté le 19/08/17).

[5] BOUDON Françoise, CHASTEL André, LOUZY Hélène, HAMON Françoise, Système de l’architecture urbaine. Le quartier des Halles à Paris, Paris, CNRS, 1977, I p. 44

[6] LAISNEY François, Règle et règlement. La question du règlement dans l’évolution de l’urbanisme parisien 1600-1902, Paris, Ecole d’Architecture de Paris Belleville, 1989, p. 2

[7] BLUMENFELD Hervé, COULAIS Jean-François, DUGENY François, PINON Pierre, Paris et l’Ile-de-France, Paris, Belin, Collection Terre de Villes, 2003, p. 130-131

[8] PINON Pierre, LE BOUDEC Bertrand, Les plans de Paris, histoire d’une capitale, Paris, Editions Le Passage / BNF / Atelier Parisien d’Urbanisme / Paris bibliothèques, 2004, p. 80

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